La douleur chronique et le tabagisme entretiennent des liens complexes, encore trop peu connus des patients… et parfois même des soignants.
Pourtant, les données scientifiques sont claires : le tabac influence la survenue, l’intensité et l’évolution des douleurs chroniques, tout en compliquant leur prise en charge.
Les études montrent que près d’un patient douloureux chronique sur deux est fumeur, une prévalence nettement plus élevée que dans la population générale. Les patients fumeurs présentent des douleurs plus intenses, plus diffuses, avec un impact fonctionnel et émotionnel plus marqué. Le tabagisme est associé à de nombreuses pathologies douloureuses chroniques : douleurs musculosquelettiques, neuropathiques, fibromyalgie, migraines, maladies inflammatoires ou digestives et diminue l’efficacité de nombreux traitements, y compris certains antalgiques et antidépresseurs utilisés dans la douleur chronique.
À court terme, la nicotine peut donner l’illusion d’un soulagement. Mais à moyen et long terme, elle augmente la sensibilité à la douleur et favorise les phénomènes d’hyperalgésie et de sensibilisation centrale.
Douleur et tabac : un cercle vicieux
Chez les patients douloureux chroniques, fumer devient souvent une stratégie de coping, avec sensation de soulagement du manque assimilé à un soulagement de la douleur, mais au prix d’une dépendance renforcée, et d’un frein majeur au sevrage, la douleur étant un facteur reconnu de rechute. Plus la douleur est présente, plus l’arrêt du tabac semble difficile… alors même que le sevrage améliore à terme la douleur, la santé mentale et la qualité de vie.
Une prise en charge intégrée douleur – tabac
Face à ce constat, nous avons fait le choix d’une approche coordonnée et spécialisée, avec une collaboration avec la consultation de tabacologie de l’Hôpital de La Tour. Nous proposons désormais à nos patients un accompagnement personnalisé au sevrage tabagique, adapté aux spécificités de la douleur chronique, et intégrant substitution nicotinique, suivi médical et soutien motivationnel.
Cette approche conjointe permet de réduire l’intensité douloureuse à moyen terme, d’améliorer l’efficacité des traitements antalgiques et d’augmenter les chances de réussite du sevrage.
Arrêter de fumer quand on souffre : c’est possible (et bénéfique)
Le sevrage tabagique chez le patient douloureux chronique n’est ni un luxe, ni une injonction, mais un levier thérapeutique à part entière. Avec un accompagnement adapté, progressif et bienveillant, la douleur devient plus gérable, le sentiment de contrôle augmente et la qualité de vie s’améliore durablement.
Vous souffrez de douleurs chroniques et vous fumez ? Parlez-en avec votre médecin. Une prise en charge coordonnée peut faire toute la différence.
